Ancien cabinet Yoshiike

旧吉池医院
Adresse
2-4-16 Tōkamachi, Yamagata, préfecture de Yamagata
Construction
1912
Architecte
Nakajō Seiichirō (中條精一郎), attribution ; charpentier en chef Takeda Kōtarō (武田幸太郎)
Statut
Propriété de la ville de Yamagata, ouvert au public quelques jours par mois
Classement
Candidat au registre national des biens culturels matériels (登録有形文化財) : procédure engagée par la ville en 2025, inscription pas encore prononcée en juillet 2026. Recensé par l'inventaire préfectoral du patrimoine de la modernisation (2001).
Localisation

Le bâtiment se dresse au milieu d'une parcelle profonde, nettement en retrait de la rue de Nanokamachi (route nationale 112).

01 · Ancien cabinet Yoshiike Crédit : Stéphane BDC
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Historique

Yoshiike Shōgo (吉池省吾), né à Yonezawa, passe par la section médicale du lycée n° 2 de Sendai puis par l’école de médecine de Kanazawa avant de s’installer comme ophtalmologue à Yamagata en 1907. Il fait construire le bâtiment actuel à partir de mars 1912. La cérémonie de levage de la charpente (上棟式) a lieu le 15 juillet, et le chantier s’achève en novembre. L’ère Meiji a pris fin entre-temps, d’où la double datation du bâtiment : Meiji 45 ou Taishō 1. La plaque de faîtage (棟札), retrouvée depuis, porte la date du levage, le nom du commanditaire et celui du charpentier en chef, Takeda Kōtarō (武田幸太郎).

Le dessin est attribué à Nakajō Seiichirō (中條精一郎, 1868-1936), lui aussi originaire de Yonezawa : selon la tradition familiale, c’est en compatriote que Shōgo se serait adressé à lui. Fils d’un samouraï du domaine de Yonezawa, diplômé d’architecture de l’université impériale de Tokyo, Nakajō a été architecte du ministère de l’Éducation (il a construit plusieurs bâtiments de l’école d’agriculture de Sapporo), puis a étudié l’architecture à Cambridge de 1904 à 1907. En 1908, il fonde avec Sone Tatsuzō l’agence Sone-Chūjō, la plus importante agence d’architecture du Japon d’avant-guerre. L’attribution repose sur des publications, pas sur une pièce d’archives : la plaque de faîtage ne nomme aucun concepteur, et les plans d’origine sont introuvables.

Quatre ans plus tard, en 1916, s’achève à Yamagata le nouveau siège de la préfecture, l’actuel Bunshōkan (文翔館), dessiné par Tahara Shinnosuke avec Nakajō comme conseiller. Les spécialistes voient dans le cabinet Yoshiike un possible banc d’essai de ce chantier : fenêtres, toiture et lucarnes présentent des points communs.

Le cabinet reste une affaire de famille pendant trois générations. En 1949, Yoshiike Tarō (吉池太郎), fils de Shōgo, né en 1908 et formé à la faculté de médecine de l’université impériale du Tōhoku, y ouvre un service de pédiatrie et devient le deuxième directeur. Vers 1998, son successeur Yoshiike Akio (吉池章夫) reprend la pédiatrie, tandis que son épouse Kumiko assure la dermatologie. C’est aussi l’époque où disparaissent les annexes : l’aile d’habitation, construite à la japonaise, est démolie en 1998 ; le pavillon d’hospitalisation en bois, à l’arrière, est abattu à son tour, et une maison neuve le remplace en 1999.

Le cabinet ferme le 31 janvier 2023. Yoshiike Akio meurt le 3 juillet de la même année.

Culturel

Le bâtiment a servi de cabinet médical sous cinq ères successives, de Meiji à Reiwa, sans jamais changer de fonction, et trois générations de médecins de la même famille l’ont entretenu. Pendant plus d’un siècle, les habitants du quartier y sont venus se faire soigner, de génération en génération : c’est un lieu de mémoire avant d’être un monument.

Paradoxalement, il est resté presque inconnu jusqu’à sa fermeture. La famille ne souhaitait pas que l’on parle de la maison, et aucune information sur son état n’avait été diffusée. L’historien de l’architecture Shimura Naoyoshi (志村直愛), de l’université des arts et du design du Tōhoku, le décrit comme un chef-d’œuvre « nouvellement découvert », dont la valeur reste à étudier plus avant.

Sa rareté tient à sa date. Le Japon compte environ 170 bâtiments médicaux inscrits au registre national des biens culturels, mais la plupart datent de la fin de l’ère Taishō et du début de l’ère Shōwa. Les exemples de la fin de Meiji et du début de Taishō sont rarissimes, et presque aucun n’a ce gabarit de trois niveaux sous enduit de mortier : à cette époque, les cabinets en bois prennent plutôt l’allure de villas à bardage horizontal. La ville possède un autre jalon de l’architecture médicale, l’ancien hôpital Saiseikan (旧済生館本館, 1878), classé bien culturel important. Le cabinet Yoshiike, construit trente-quatre ans après lui, s’y compare naturellement.

Dix mois après la fermeture, en novembre 2023, des architectes, des historiens et des habitants ouvrent le bâtiment au public sous le nom de « Musée de l’architecture moderne de Yamagata » (近代建築山形ミュージアム). Le programme célèbre les grands architectes nés dans la préfecture : Itō Chūta, Nakajō Seiichirō et Sano Toshikata, le père du génie parasismique japonais. D’après la notice du comité, Shōgo aurait d’ailleurs été le condisciple de Sano au collège de Yonezawa. Depuis, les éditions se succèdent. On y donne des concerts dans l’ancienne salle de consultation pédiatrique (le vingtième a eu lieu en septembre 2026), des séances de rakugo, des marchés aux puces sur le parking, et on y expose des peintures collectionnées par Yoshiike Tarō.

Technique

  • Structure : bois, deux niveaux, surmontés d’une tour qui forme un troisième niveau. Elle abrite une pièce à l’occidentale d’environ 6 tatamis, d’où un escalier mène au toit. Surface totale : 254,15 m² (136,26 m² au rez-de-chaussée, 104,65 m² à l’étage, 13,24 m² dans la tour).
  • Toiture : en croupe (寄棟造), couverte de cuivre, avec trois prises d’air sur les pans nord et sud.
  • Façades et fondations : enduit de mortier lavé (洗い出し), qui laisse affleurer les granulats. Les fondations sont des semelles filantes en blocs de tuf taillés.
  • Ouvertures : toutes les fenêtres sont des guillotines à châssis de bois, avec des vitres qui semblent d’origine. Seules exceptions : deux fenêtres cintrées à deux battants au rez-de-chaussée, en façade, et des fenêtres cintrées sous les combles. On entre par un porche percé de trois arcades.
  • Rez-de-chaussée, entièrement médical : un accueil qui sert aussi de pharmacie, une salle d’attente, une salle de consultation pédiatrique et une salle de dermatologie et de soins. Au centre, enserrée par ces pièces, une chambre noire sans fenêtre. Au nord, un couloir dessert l’escalier, un évier, des sanitaires ajoutés plus tard et un local technique.
  • Étage, mi-réception mi-logement : un salon de réception à l’occidentale, avec cheminée et papier peint d’importation ; deux pièces à l’occidentale de 6 et 7 tatamis ; un débarras ; une pièce japonaise de 12 tatamis.
  • Intérieurs : murs et plafonds enduits à la chaux (漆喰), lambris de planches verticales en soubassement, parquets de bois. Les pièces de soin ont gardé leur mobilier et leurs points d’eau, dont certains semblent importés.
  • Décor : la composition est volontairement asymétrique, à l’inverse de la façade rigoureusement symétrique de la préfecture. Les motifs classiques s’y mêlent aux styles européens fin de siècle. Le porche et le toit portaient des balustrades en fonte, aujourd’hui démontées. La lanterne du portail et les ferronneries du petit auvent sud témoignent d’une solide culture de l’architecture occidentale.
  • État : les fenêtres, nombreuses sur toutes les faces, assurent une ventilation naturelle qui a épargné le bois, presque sans pourriture. En 2024, on relevait toutefois des décollements de papier peint et des infiltrations d’eau à l’étage.

Actuel

L’enveloppe du bâtiment est intacte, mais ses abords ont changé. L’aile d’habitation et le pavillon d’hospitalisation ont disparu à la fin des années 1990 (voir plus haut). La terrasse et les balustrades en fonte du toit ont été démontées en 2022 ou en 2023, selon les sources.

Après la fermeture, les propriétaires ont fait savoir qu’ils souhaitaient vendre rapidement le terrain. En septembre 2025, la ville de Yamagata décide d’accepter le don du bâtiment et d’acheter environ 1 400 m² de terrain. Objectif affiché : conserver l’édifice, animer le centre-ville et inciter les visiteurs à circuler d’un monument à l’autre. Le cabinet est voisin de deux autres lieux historiques gérés en lien avec la ville, Beni no Kura et l’ancienne école primaire n° 1 (Q1).

Depuis septembre 2026, la ville confie l’ouverture du lieu au comité citoyen. Les visites se tiennent quelques jours par mois (du 16 au 20 septembre, puis le 10 et du 17 au 21 octobre 2026), accompagnées d’expositions et de concerts. L’usage durable du bâtiment doit être défini pendant l’exercice 2026. Les dates sont publiées sur le site du comité.

Le dossier de protection est en cours. Le 8 octobre 2025, la ville a présenté le bâtiment à son comité des biens culturels comme candidat au registre national. Il reste ensuite à consulter l’Agence pour les affaires culturelles, à déposer une proposition (possible en février, juin ou octobre), puis à obtenir l’avis du Conseil des affaires culturelles. Entre la proposition et la publication au journal officiel, il faut compter environ neuf mois. Le bâtiment ne figure dans aucun des avis rendus en novembre 2025, en mars 2026 et en juillet 2026. Le rapport d’expertise de 2024 va plus loin : selon lui, le bâtiment pourrait justifier une protection de niveau préfectoral, voire davantage, car il est mieux conservé que les deux monuments de la ville déjà classés au niveau national : le Bunshōkan a été lourdement transformé, et le Saiseikan a perdu une partie de sa tour et de ses pavillons avant son classement.

Sources et liens